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Le pape en Égypte pour un voyage « d’unité et de fraternité »

vendredi 28 avril 2017

LE CAIRE - Le pape François a entamé vendredi sa première visite en Égypte pour promouvoir « l’unité » et « la fraternité » entre les musulmans et la minorité chrétienne cible d’attaques jihadistes meurtrières.
Placée sous haute sécurité, la visite éclair du pontife argentin intervient trois semaines après deux attaques contre des églises coptes orthodoxes qui ont fait 45 morts et ont été revendiquées par le groupe État islamique (ÉI).
« C’est un voyage d’unité et de fraternité. Moins de deux jours, mais très intense », a dit le pape aux journalistes dans l’avion l’emmenant au Caire.
« Il y a une attente spéciale du fait que l’invitation est arrivée du président de l’Égypte, du patriarche des coptes catholiques et du grand imam d’Al-Azhar », a-t-il ajouté.
Peu après son arrivée, le pape François a été reçu au palais présidentiel par le président Abdel Fattah al-Sissi portant ses habituelles lunettes de soleil noires.
Il s’est ensuite rendu à l’institution d’Al-Azhar, où il a été accueilli par le grand imam d’Al-Azhar, cheikh Ahmed al-Tayeb, avant de voir le pape copte orthodoxe Tawadros II.
« Cette rencontre sera déjà un exemple et un modèle de paix parce que précisément ça sera une rencontre de dialogue », a dit le pape au sujet de son rendez-vous avec le grand imam.
La visite vise en effet à réchauffer les relations entre Al-Azhar et le Vatican, qui s’étaient crispées après des propos controversés en 2006 du pape Benoît XVI semblant associer islam et violence.
Menace omniprésente
Le long du parcours que doit emprunter François au Caire, des affiches géantes montrant le pontife sur fond de pyramides, lui souhaitaient la « bienvenue », en anglais et en italien.
Les abords de la Nonciature apostolique, où le pape doit séjourner, étaient fermés à la circulation et sous la garde d’une forte présence policière et militaire.
Près de la cathédrale, siège de l’église orthodoxe copte, des blindés étaient stationnés.
Et toutes les églises d’Égypte ont été placées sous haute surveillance dans la crainte d’un attentat durant le voyage du pape, le premier du pontife argentin dans le plus peuplé des pays arabes.
Les jihadistes se sont engagés à multiplier les attaques contre les coptes, majoritairement orthodoxes, qui représentent environ 10% des 92 millions d’Égyptiens.
En décembre, un attentat suicide revendiqué par l’ÉI avait déjà fauché 29 personnes dans une église copte du Caire, où François se recueillera en fin de journée avec Tawadros II.
Communauté chrétienne la plus importante en nombre du Moyen-Orient, les Coptes orthodoxes d’Égypte se disent victimes de discriminations de la part des autorités et de la majorité musulmane.
Parallèlement, le régime Sissi est accusé par ses détracteurs d’avoir refermé la parenthèse démocratique ouverte avec le soulèvement de 2011 qui a chassé du pouvoir Hosni Moubarak. Il ne tolère aucune opposition, qu’elle soit islamiste, laïque ou libérale.
Plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme accusent les autorités d’orchestrer disparitions forcées et arrestations.
Mais M. Sissi a été le premier président égyptien à se rendre à la messe de Noël à la cathédrale copte du Caire. Il jouit d’une forte popularité au sein de la communauté depuis qu’il a destitué son prédécesseur islamiste Mohamed Morsi en 2013.
Dégel
Le voyage de François est le deuxième d’un pape en Égypte contemporaine, après celui de Jean-Paul II en 2000, qui avait également rencontré le cheikh d’Al-Azhar.
Vieille de presque mille ans, l’institution sunnite s’oppose au jihadisme inspiré du salafisme rigoriste dominant en Arabie saoudite.
Mais Al-Azhar est également au coeur d’une lutte entre les autorités politiques et religieuses, depuis que M. Sissi fait campagne pour des réformes visant à éradiquer le discours extrémistes de la sphère religieuse.
L’institution religieuse a par exemple refusé d’amender la pratique islamique des divorces prononcés de manière orale.
L’institution cairote avait gelé ses relations avec le Vatican lorsque Benoît XVI avait appelé spécifiquement à protéger les chrétiens après un attentat suicide meurtrier contre une église copte.
Mais en mai 2016, le pape François avait reçu l’imam Ahmed al-Tayeb, une rencontre qui avait constitué le point culminant d’un rapprochement rapide entre le Saint-Siège et Al-Azhar.
Depuis son élection en 2013, Jorge Bergoglio, désireux de promouvoir la paix, multiplie les gestes d’ouverture envers les musulmans, au point de déconcerter parfois certains chrétiens.
Il s’est rendu dans des mosquées, a lavé à Pâques les pieds de migrants musulmans ou encore ramené à Rome à bord de son avion trois familles syriennes musulmanes lors d’un déplacement sur l’île grecque de Lesbos.
Le chef spirituel de près de 1,3 milliard de catholiques célébrera samedi une messe dans un stade militaire de la banlieue du Caire pour la très minoritaire communauté catholique égyptienne, 272 000 fidèles de différents rites, déterminés à lui offrir un accueil mémorable.

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